Quatrième partie - La carte de la végétation

 

1 - Quelques rappels sur la biogéographie

Les espèces végétales et animales se groupent dans la nature suivant leurs exigences et leurs affinités vis-à-vis du milieu en constituant des ensembles appelés biocénoses. Chaque biocénose, lorsqu'elle est de composition stable, est elle-même en équilibre avec les facteurs du milieu ambiant, le biotope. L'ensemble biocénose - biotope forme l'écosystème.

La biogéographie s'intéresse principalement à la répartition des biocénoses, alors que l'écologie étudie leurs relations fonctionnelles avec le milieu. 

Notion de climax : lorsqu'une végétation échappe à l'action de l'homme, elle présente généralement une transformation spontanée et lente au cours de laquelle des groupements végétaux différents vont se succéder en chaque point de l'espace. Au bout d'un certain temps (variables suivant les conditions écologiques), la végétation se met en équilibre avec le milieu, elle arrive à maturité. C'est ce stade de maturité naturelle que l'on appelle le climax.

 

2 - La carte de la végétation

Carte créée en 1947 par Gaussen couvrant la France au 1/ 200,000.

63 feuilles ont été publiées qui donnent un aperçu de l'état actuel de la végétation avec les formations climaciques et les formations secondaires, c'est-à-dire les tendances dynamiques de la végétation.

Son intérêt réside dans la détermination d'espaces homogènes représentés par une série de végétation, espaces au sein desquels il sera alors possible d'envisager telle ou telle opération (de reboisement, de nouvelle culture,...) en connaissant les probabilités de réussite ou d'échec sur l'ensemble de l'espace à partir de la réussite ou l'échec en un point donné de cet espace.

La carte de la végétation comporte neuf documents : 1 carte détaillée au 1/200,000 et 8 cartons au 1/1,250,000.

 

Les principes de construction :

 - couleur

- ton

- rubriques des légendes

Le choix des couleurs : les couleurs représentent les séries de végétation (plante dominante), on a opté pour une synthèse chromatique en fonction du caractère de chaque couleur, c'est-à-dire que l'attribut d'une couleur est en rapport avec la valeur que l'on attribue communément à celle-ci : rouge = chaleur ; jaune = sécheresse ; bleu = humidité ; violet = froid ; brun = espace rocheux.

La finesse du découpage est en fonction du nombre de couleurs utilisables.

La série est définie par la végétation naturelle qui, à terme, dominerait sur l'ensemble du territoire si l'homme cessait d'intervenir (végétation climacique) ; il ne s'agit donc pas d'un type de végétation tel que la prairie, la lande ou la forêt qui eux constituent différents états d'une même série traduisant une progression vers le climax ou, au contraire, une dégradation depuis l'état optimal. Voir l'exemple du Hêtre.

Le ton (teinte) : il reflète l'état de dégradation de la végétation. Plus le ton est foncé, plus la végétation se rapproche du climax (100 % de la couleur originelle). Pour le hêtre, un aplat bleu représente une forêt. Au contraire, plus le ton s'éclaircit, plus la végétation naturelle est dégradée ; ainsi, si l'on considère toujours la série du Hêtre, un demi-ton représente une lande et un bleu pâle, un stade encore plus dégradé (pelouse). Les cultures sont représentées en blanc.

Rubriques des légendes : elles expriment l'étagement de la végétation.

 

Le commentaire est organisé en quatre points :

1- les conditions du milieu

2 - la végétation spontanée

3 - l'origine de la végétation

4 - l'utilisation par l'homme

 

exemple du Mélèze (bistre)

1 - les conditions du milieu

Vous remarquez le confinement dans l'angle nord-est de la carte qui correspond à l'aire naturelle du mélèze (étage subalpin altitude, pluviothermie).

2 - la végétation spontanée (climax).

Deux groupements climaciques caractéristiques (sous-série)

- celle du Pin à crochets sur adrets calcaires

- celle du Mélèze et du Pin cembro qui sont deux espèces caractéristiques de la zone intra-alpine (progression depuis l'est en suivant l'axe de la chaîne).

3 - origine

On apprend ici que la série Mélèze - Pin cembro provient de l'est et qu'elle est en limite d'extension, donc on peut s'attendre à un état de dégradation avancé.

 4 - utilisation par l'homme

pâturage pour la zone entourant les bois, exploitation restreinte de la zone forestière.

 

Les cartons complémentaires

Le carton orographique et de localisation doit être utilisé pour cerner les contrastes altimétriques et la répartition des reliefs ; il sert également à étayer les exemples lors du commentaire (noms de pays traditionnels).

Le carton botanique : il s'agit d'une représentation simplifiée de la carte de végétation. Il est très utile car il donne un aperçu immédiat des grandes zones végétalisées et de la répartition des différentes essences dominantes.

Le carton pédologique renseigne sur la nature du substrat et sur son degré d'évolution (maturité des sols).

Les cartons C et D recensent l'utilisation anthropique des terres : utilisation agricole, gestion ou non des espaces boisés, terrains délaissés.

Le carton pluviothermique donne des indications succinctes sur les grands traits du climat, il doit être analysé en vue de mettre en évidence les phénomènes d'abris et d'étagement montagnard, l'influence des grandes vallées, etc. Comment se répartissent les précipitations et les températures (rapport avec l'altitude), existe-t-il des anomalies (les expliquer) ?

Le dernier carton fait état de l'adversité agricole, c'est-à-dire des phénomènes naturels (essentiellement météorologiques) qui induisent des risques de dégradation (orages, grêle...).

 

Les questions qu'il faut se poser

Questions générales

- L'espace est-il homogène ? Lorsque plusieurs unités apparaissent, il faut les décrire puis expliquer les causes de leur spécificité (cf. les cartons pluviothermique, orographique, édaphique, ...).

- Comment introduire dans la présentation finale (commentaire de la carte topographique) les informations issues de l'analyse de cette carte sans remettre en cause l'organisation de l'exposé ? Ces informations épaulent-elles les remarques liées à la topographie ou bien sont-elles en contradiction avec les unités topographiques précédemment définies (étude régionale de la répartition des séries) ?

 

Questions plus précises

- Où et comment s'exerce la pression anthropique sur la végétation (répartition et intensité des zones cultivées) ?

 

Carte de Digne

L'intérêt de cette carte réside principalement dans l'illustration du contact entre le milieu méditerranéen et le milieu alpin.

- Définir les différentes séries, les regrouper en étage. Quelle série ou quelle espèce apparaît comme significative d'un passage d'un étage à un autre ? Donner des valeurs chiffrées aux limites d'étagement.

ex : l'Olivier limite les étages méditerranéen et montagnard. Le Hêtre et le Mélèze séparent les étages montagnard et subalpin.

 

- Comment définit-on les séries sur cette carte (une essence ? plusieurs ? autres critères que la végétation ?)

Contrairement aux autres régions françaises (Massif Central, Pyrénées), les Alpes sont particulièrement riches en essences forestières (limites de migration d'espèces orientales (Épicéa, Pin cembro, Mélèze)), d'où la nécessité d'associer au nom de la série un qualificatif qui sous-entend un cortège floristique particulier.

ex : série subalpine (supérieure) du Pin sylvestre. Pin sylvestre précise que cet arbre représente le stade terminal, mais subalpine indique qu'il existe d'autres espèces (ici l'Astragale épineux) qui permettent de distinguer cette série d'autres séries où le Pin sylvestre est également climacique, mais qui ne sont pas subalpines (série montagnarde (mésophile) du Pin sylvestre).

 

Les étages de végétation

 La végétation du Bassin Méditerranéen est classiquement divisée en 5 étages le thermo- et mésoméditerranéen qui représentent l'étage méditerranéen au sens habituel, le supraméditerranéen (étage collinéen), l'oroméditerranéen (montagnard) et l'altiméditerranéen (subalpin).

 

1 - l'étage méditerranéen

Bien qu'extérieur aux Alpes, le complexe méditerranéen borde totalement les Préalpes et les pénètre parfois à la faveur de grandes vallées.

Le Thermoméditerranéen occupe la moitié sud du Bassin Méditerranéen, il n'est pas présent sur la carte de Digne et n'est que fragmentaire en France (Nice). Il correspond à la série du Caroubier.

Le Mésoméditerranéen (200-600 m) regroupe par contre la quasi totalité de la végétation méditerranéenne du Midi français. Sa limite correspond à celle de l'Olivier (600 m a.s.l.) et du Chêne vert (Yeuse), au-delà desquels commence l'étage subméditerranéen (Chêne pubescent). C'est un milieu cerné par deux indices : l'isotherme 12°C et l'isohyète 800 mm.

Sur la carte de Digne, il est représenté par trois séries :

- série du Pin d'Alep sous une forme moins chaude que sur les feuilles adjacentes (Lentisque et Smilax manquent).

- série du Genévrier de Phénicie : groupement rupicole (falaise, rochers, lithosols) dont le développement est essentiellement lié à des conditions édaphiques contraignantes.

- série méditerranéenne du Chêne pubescent qui occupe les terrains profonds de la partie supérieure de l'étage méditerranéen (300-700 m) alors que les sols rocailleux conservent la série précédente. Groupement climacique : forêt basse de Chêne pubescent avec quelques Chênes vert et des Oxycèdres abondants.

Le secteur méditerranéen correspond à l'étage du Chêne vert et du Pin d'Alep, le Chêne pubescent apparaissant à la faveur de l'altitude (étage collinéen) ; il est conditionné, climatiquement, par la chaleur et la sécheresse. Ce domaine se cantonne à la basse vallée de la Durance, au Bassin d'Apt et de Forcalquier et au Plateau de Valensole. C'est le domaine des sols rouges méditerranéens, des sols bruns et des rendzines (calcaires). Il correspond au secteur le plus densément aménagé par l'homme, là où l'ager est le plus étendu.

 

2 - l'étage collinéen

On peut le définir globalement comme étant essentiellement l'étage des forêts caducifoliées succédant à celui des Chênes à feuilles persistantes caractérisant la végétation méditerranéenne, mais cette définition n'est pas suffisante car l'étage montagnard, par exemple, possède également des feuillus (le Hêtre y est très important). Collinéen et montagnard sont compris entre les isothermes 12 et 0°C.

La série présente sur la carte de Digne est encore très influencée par la proximité du complexe méditerranéen et elle est dominée par le Chêne pubescent (faciès supra-méditerranéen car situé au-dessus, en altitude et en latitude, du Méditerranéen). Il s'agit de la série la plus étendue territorialement, notamment dans la zone préalpine.

Limites : elle succède à l'étage méditerranéen vers 600 m et cède la place au montagnard vers 1100 m.

Subdivision en deux sous-séries, la série inférieure ne comprenant pas ou peu de Pin sylvestre et accueillant localement des espèces de l'étage méditerranéen (Oxycèdre, genévrier de Phénicie). La sous-série supérieure est la plus largement représentée ("normale"), le groupement climacique est une forêt basse de Chêne pubescent et de Pin sylvestre, la proportion réservée à ce dernier dépendant des variations écologiques (le Pin sylvestre étant moins thermophile, plus xérophile et indifférent à la nature des sols, il remplace très vite le Chêne).

 

3 - l'étage montagnard

La limite inférieure se place au niveau de la Chênaie pubescente (1000 à 1200 m), la limite supérieure sera celle de l'altitude extrême atteinte par le Hêtre (1600 - 1700 m). L'Épicéa et la Mélèze ne peuvent être utilisés exclusivement comme marqueurs car le premier est à cheval sur le montagnard et le subalpin, et le deuxième peut descendre dans le montagnard.

La définition de l'étage montagnard varie localement dans les Préalpes, série de la Hêtraie-Sapinière (Dauphinois) ou de la Hêtraie mésophile (Haut Provençal). Toutefois, ici, il y a substitution, dans la partie la plus interne, de la série mésophile du Pin Sylvestre. Dans les zones intermédiaires et intra-alpines, l'étage montagnard est caractérisé par la série du Pin sylvestre, mésophile et intra-alpine respectivement. Les sols bruns tendent à dominer dans cet étage comme dans le précédent (collinéen).

 

4 - l'étage subalpin

Il se situe dans les Alpes sud-occidentales entre 1600 et 2300 m environ. La limite inférieure peut être associée à la disparition du Hêtre et l'apparition du Mélèze. La limite supérieure avec l'étage alpin coïncide par définition avec la limite supérieure des forêts naturelles. Mais, ici se pose le problème de l'intervention humaine (abaissement de la limite naturelle par le pâturage ou, parfois, de l'inexistence d'essence forestière pour raisons diverses (paléogéographiques, édaphiques).

Le subalpin est généralement divisé en trois sous-étages :

- un sous-étage inférieur à Épicéa et Sapin (pénétration de l'étage montagnard), deux séries qui n'existent pas sur Digne ;

- un sous-étage moyen comprenant les Mélézeins ;

- un sous-étage supérieur à Rhodoraies (landes à arbrisseaux) et comprenant les derniers Mélèzes.

Dans les Préalpes, le subalpin a une place réduite du fait d'une altitude modérée, il est représenté par la série supérieure du Pin sylvestre où l'arbre est rare ("subalpin chauve"). Dans la zone intermédiaire, le Pin à crochets est caractéristique ; dans la zone interne, c'est le Mélèze et le Pin cembro.

 

5 - l'étage alpin

Il s'agit de l'étage qui se situe au-dessus de la limite naturelle des arbres, 2200 m (Dauphiné) à 2400 m dans les vallées internes les plus méridionales. A cette altitude, on est dans la zone périglaciaire avec une gélifraction active (TAMA < 0°C). En plus de l'isotherme 0°C, l'isohyète 1500 mm offre une autre limite acceptable de ce milieu. Les sols sont pauvres (rankers sur roches-mères siliceuses) et pierreux. Les groupements subalpins sont relativement homogènes sur l'ensemble des Alpes sud-occidentales, le facteur dégradant le plus important étant l'altitude.

 

Étude régionale

1- la zone pré-alpine

Elle correspond au secteur Haut-Provençal profondément entaillé par la moyenne Durance qui la scinde en deux parties - partie ouest (Diois, Baronnies, Ventoux, Lure). Le collinéen est ici fortement teinté de remontées méditerranéennes ; il est constitué essentiellement de la série occidentale du Chêne pubescent dans laquelle le Pin sylvestre joue un rôle important de forêt de substitution. Dans l'étage montagnard, alternent suivant les expositions, les séries mésophiles du Hêtre et du Pin sylvestre. Les deux étages collinéen et montagnard s'intriquent profondément et déterminent une grande variété de paysages végétaux. L'altitude ne permet que localement (Lure) quelques placages subalpins (Pin à crochets, série altiméditerranéenne).

- la partie est (Gap -> Grasse). On retrouve la même végétation préalpine haut provençale mais enrichie en Pin sylvestre. La zone intermédiaire est amincie à la faveur de la profonde dissection de la Durance.

 

2 - la zone intermédiaire (transition Alpes du Nord et du Sud)

On est ici à la périphérie de la zone de transition et les caractéristiques que l'on retrouve plus au nord ont moins bien marquées les avant-postes du Mélèze se juxtaposent à d'importantes Hêtraies ou à des Sapinières, le Pin sylvestre domine largement avec le Hêtre plus disséminé.

 

3 - la zone intra-alpine

Très peu représentée sur cette carte, elle reste difficile à caractériser association Mélèze - Pin Sylvestre.

Quelques indications sur les essences forestières :

Hêtre : bande diagonale dont la largeur décroît d'est en ouest et dans laquelle, les Hêtraies sont enchevêtrées avec la Chênaie pubescente qu'elles surmontent en altitude.

Pin sylvestre : essence forestière la plus représentée dans les Alpes du Sud. Espèce la moins exigeante écologiquement. Caractéristique de l'étage montagnard, il peut engendrer des confusions car il remonte parfois dans l'étage subalpin ou descend dans le supraméditerranéen.

- série mésophile (Alpes externes) qui tend à se substituer à la Hêtraie

- série xérophile (zone intra-alpine) = série interne du Pin sylvestre

Pin à crochets : espèce subalpine qui occupe les espaces laissés libres par l'absence de concurrence des autres espèces subalpines (karsts massifs externes ou adrets de la zone intra-alpine).

Épicéa : on est à la limite de l'aire d'extension naturelle d'où la faible représentation des Pessières. Elles occupent l'étage montagnard dans la série mésophile du Pin sylvestre.

Mélèzes : les Mélézeins sont strictement limités à la zone interne dont ils constituent un excellent marqueur.

 

L'homme et la végétation dans le milieu méditerranéen

L'exploitation rurale du monde méditerranéen peut être décomposée en trois périodes :

1 - jusqu'à 1850, surpopulation et surexploitation (cultures jusqu'à 1900 m) => érosion accélérée et désertification.

2 - à partir de 1850, décroissance démographique et exode rural (qui concernent l'espace français en entier). En un siècle, 2/3 à 3/4 de la population disparaît (Queyras, Baronnies). Rachat des terres par l'État. Reboisements massifs (Pin noir d'Autriche) pour créer des forêts de protection (régulation du régime des torrents, suppression des crues).

3 - à partir de 1950, stabilisation de l'abandon rural, apparition des formes modernes d'exploitation. La population actuelle est faible en montagne (densité 11 contre 100 en moyenne). Les conséquences de cette faible occupation humaine : faible utilisation agricole, maintien d'un taux de boisement important, prédominance des pâturages permanents et des terrains incultes. Actuellement, le taux de boisement est supérieur à la moyenne française (33% environ).

 

les cartes topographique et géologique

les reliefs structuraux et leur réseau hydrographique

la carte géomorphologique

la carte de la végétation

la composante climatique du globe

 

Bibliographie

 

 

 

Définitions ç (retour au texte)

ager : champs cultivés gagnés sur la forêt (voir saltus et sylva). ç

saltus broussailles réservées au bétail. ç

sylva : forêt pourvoyeuse de bois et de gibier. ç

garrigue : formation buissonnante calcicole sur les rendzines (sols caillouteux sur roches calcaires). ç

maquis : formation broussailleuse dense silicicole sur les rankers (sols peu évolués, caillouteux, sur terrains acides). ç

TAMA : Température Annuelle Moyenne de l'Air. ç